Bienheureux ETIENNE CUENOT

Jeudi 14 novembre 2019, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

BIENHEUREUX ETIENNE CUENOT († 1861)
Missionnaire, Évêque, Martyr, Saint
1802-1861

Etienne-Théodore Cuenot, vicaire apostolique de la Cochinchine orientale, confesseur de la foi, béatifié en 1909, vint au monde le 8 février 1802 au Bélieu (Doubs). Il étudia à Ouvans, à Cerneux-Monnot, à Ornans, à Luxeuil, au grand séminaire de Besançon, et à dater de 1823, dans l’une des maisons de la Retraite chrétienne, à Aix-en-Provence. C’est là qu’il reçut la prêtrise le 24 septembre 1825. Après y avoir professé pendant dix-huit mois environ, il entra au Séminaire des M.-E. le 23 juin 1827, et le 27 janvier 1828 il partit pour Macao, d’où, le 2 mai de l’année suivante, il passa en Cochinchine, au petit séminaire de Lai-thieu. Ensuite, il commença l’administration des chrétiens ; la maladie entrava ses efforts, et quand il revint à la santé au début de 1833, la persécution éclatait. Il se réfugia au Siam, et dirigea pendant quelque temps la chrétienté de Chantaboun, 1833-1834 ; puis, comme les prêtres européens devenaient suspects à Bangkok, il ne tarda pas à se retirer à Singapore avec les séminaristes annamites. Son évêque, Mgr Taberd, le rejoignit dans cette ville, et, l’ayant choisi pour coadjuteur, il le sacra évêque de Métellopolis le 3 mai 1835.

Le 21 juin suivant, Cuenot repassa en Cochinchine. En l’absence du vicaire apostolique, qui ne put jamais rentrer dans ce pays, il gouverna la mission, tout en se dissimulant de son mieux dans les chrétientés les plus sûres, principalement à Go-thi et à Gia-huu. Il s’occupa particulièrement du clergé indigène et fit rétablir deux séminaires ; en quelques années, il augmenta notablement le nombre de ses prêtres.

En 1839, le Souverain Pontife lui envoya deux brefs : le premier, Quod nuncia (Jus Pont. de Prop. Fid., v, p. 219), du 4 août, qui louait les chrétiens de Cochinchine de leur courage à supporter la persécution ; le second, Apostolatus officium (Jus Pont. de Prop. Fid., v, p. 225), du 10 décembre, qui lui donnait le droit de se choisir un coadjuteur.

Taberd étant mort le 31 juillet 1840, Cuenot devint vicaire apostolique. Pour faciliter l’instruction des prêtres indigènes, il composa à leur intention, en 1841, un précis des principales lois de l’Eglise telles qu’elles devaient être appliquées en Cochinchine. La même année, en mai, il tint un synode à Go-thi, où furent établies des règles uniformes de conduite. Le 1er août suivant, il sacra Mgr Lefebvre, qui devait être son coadjuteur jusqu’en 1844.

Quoiqu’il ne sortît guère des deux chrétientés qui l’abritaient, il exerça une influence considérable dans son vicariat ; par de nombreuses lettres, il stimula le courage de ses collaborateurs, et les incita à ne pas négliger les travaux de théologie ; il raffermit les fidèles dans leur foi et les poussa au prosélytisme ; enfin, il fit commencer l’évangélisation des sauvages des montagnes de l’ouest. En même temps, il rédigea avec un très grand soin les actes des confesseurs et des martyrs de la Cochinchine.

Le 11 mars 1844, par la bulle Exponendum Nobis curavit, son vicariat fut divisé en deux, sous les noms de Cochinchine orientale et Cochinchine occidentale. Par le bref Exponendum Nobis curasti, du même jour, il fut nommé vicaire apostolique de la Cochinchine orientale, qui comptait neuf provinces depuis le Binh-thuan jusqu’au Quang-binh inclusivement. Ce bref lui donnait également le droit de prendre un coadjuteur, ce qu’il fit en 1846, en choisissant et en sacrant Mgr Pellerin. Deux autres brefs : Curasti Nobis (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 5), du 14 juillet 1846, et Exponendum Nobis (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 85), du 28 août 1849, lui accordèrent le même droit, dont il n’usa pas. En ces temps de persécution sanglante, où évêques et missionnaires étaient exposés à disparaître si rapidement, Rome prenait les plus minutieuses précautions pour assurer la perpétuité de l’autorité.

Un autre bref, Postulat apostolici (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 103), du 27 août 1850, divisa la Cochinchine orientale en deux vicariats, comme il l’avait demandé : il conserva les six provinces du centre : Quang-nam, Quang-ngai, Binh-dinh, Phu-yen, Khanh-hoa, Binh-thuan, qui formèrent, avec le pays des Sauvages, la mission de Cochinchine orientale dont il fut le vicaire apostolique jusqu’à sa mort. L’autre vicariat reçut le nom de Cochinchine septentrionale, avec Mgr Pellerin à sa tête.

Quoique très occupé par les affaires de son vicariat, toujours sous le coup de la persécution, il étudiait et donnait fréquemment son opinion sur la marche de la Société des M.-E. ; et comme, à cette époque, il était question de la revision du Règlement général, il exposa à plusieurs reprises ses vues sur ce sujet.

En 1854, il faillit être arrêté ; le dévouement des chrétiens le sauva. Peu à peu ses forces déclinèrent, il ressentit les premiers symptômes de l’anémie cérébrale ; mais sa volonté de rester à son poste ne fléchit pas, et à toutes les instances faites par ses missionnaires pour qu’il s’éloignât, il répondait : "Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis." Quand il apprit l’occupation de Saïgon par les Français, et le redoublement de persécution qui s’en suivit dans les pays annamites, il voulut que son provicaire, Herrengt, quittât la mission pour se mettre en sûreté ; lui demeura à Go-thi.

En 1861, sur la nouvelle que des perquisitions devaient être effectuées dans cette paroisse, il se réfugia à Go-boi, chez une chrétienne ; il y fut presque aussitôt recherché par le sous-préfet, et, après être demeuré dans une étroite cachette pendant un jour et demi, sans nourriture, il se livra lui-même. C’était le 28 octobre. Il fut emmené à Binh-dinh avec plusieurs fidèles, et enfermé dans l’écurie des éléphants de guerre, où bientôt il tomba gravement malade. Il succomba le 14 novembre 1861, vers minuit. Il venait d’expirer, quand arriva l’ordre du roi Tu-duc de le décapiter, " pour avoir commis le crime de prêcher la religion chrétienne ". Cet ordre ne fut pas exécuté. Le confesseur de la foi fut enterré, sans cercueil, non loin de la citadelle.

En 1862, Tu-duc prescrivit de jeter à la mer les cadavres des catholiques morts en prison, et porta par un décret spécial la même sentence contre l’évêque. Le corps de Mgr Cuenot fut exhumé ; quoique dans un terrain humide depuis plusieurs mois, il était resté frais et souple, les cheveux et la barbe étaient intacts ; il fut jeté au fleuve près du hameau de Phong ; il n’a jamais pu être retrouvé, malgré les recherches des chrétiens.

Le décret introduisant la Cause du confesseur de la foi est du 13 février 1879, le bref de sa Béatification du 11 avril 1909, et les solennités de cette Béatification ont été célébrées à Saint-Pierre de Rome le 2 mai 1909. Au Séminaire des M.-E., la Salle des Bienheureux renferme plusieurs objets, entre autres un calice ayant appartenu au martyr. Dans la mission des Sauvages dont il fut l’inspirateur, la principale école porte son nom ; elle est établie à Kon-tum.

Répondre à cet article