Bienheureux GUILLAUME TIRRY

Jeudi 2 mai 2019, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

Bienheureux Guillaume Tirry
prêtre de l’Ordre des Frères de Saint-Augustin et martyr en Irlande (✝ 1654)

Figure discrète, effacée de ce XIIe siècle où jette ses derniers feux une « théologie spirituelle » faisant déjà pressentir la synthèse scolastique, Guillaume de Saint-Thierry n’est bien connu que depuis un quart de siècle.

Né à Liège, il s’expatrie de bonne heure, à la recherche d’un maître dans les centres estudiantins du nord-est de la France.

Reims ou Laon ? Les historiens ne sont pas d’accord.

On ignore les raisons qui l’amènent, à vingt-huit ans, à se faire moine en l’abbaye de Saint-Nicaise.

Six ans plus tard, il est abbé d’un monastère Bénédictin, dont il fera la célébrité, Saint-Thierry, près de Reims.

Très vite, il se fait un nom et par son zèle pour la réforme monastique et par la qualité et l’éclectisme de sa doctrine.

L’enseignement qu’il dispense passe les portes du monastère et se répand sous la forme d’opuscules où il est traité De la nature du corps et de l’âme, De la nature de l’amour divin, Du Corps et du Sang du Seigneur. Une série d’élévations Sur la contemplation de Dieu et des Prières méditatives connaissent aussi grand succès et révèlent, sous une pensée philosophique très ferme, une âme contemplative et, comme on l’a écrit, « un mystique raisonnable ». Cependant, l’administration d’une abbaye richement dotée cause à Guillaume bien des soucis.

Peu avant son élévation à l’abbatiat, il s’est lié d’amitié avec saint Bernard, dont il partage les aspirations pour une vie dépouillée et plus conforme à la pensée de saint Benoît.

En 1135, à cinquante ans, il donne sa démission et se retire comme simple moine en l’abbaye de Signy, une fondation de Cîteaux dans les Ardennes.

L’idéal de cette maison le rapproche de son ami et lui permet, en le déchargeant de tout souci administratif, de se livrer, comme il écrit, au « fécond repos » de la contemplation.

Durant quelques années, il peut vaquer librement aux recherches spirituelles, pour lesquelles il se sent fait.

Elles prennent rapidement la forme d’un Exposé sur le Cantique des cantiques, ce chant d’amour qui, à l’époque, inspire tant de hardis commentateurs.

Mais son repos n’a qu’un temps. On parle beaucoup en France de Pierre Abélard, ce grand esprit qui inaugure, en théologie, une méthode assez neuve, vouée à un grand avenir, mais qui n’inspire alors que des craintes assez fondées.

Guillaume, au temps de sa jeunesse, a connu Pierre Abélard. Il dira « l’avoir aimé ». Mais son sens théologique est heurté par la hardiesse et surtout la logomachie du novateur.

Il relève dans ses écrits, puis réfute des propositions erronées ou des abus de langage. Sa Dispute contre Abélard, communiquée à saint Bernard, est à l’origine du procès qui aboutit, en 1140, à la condamnation définitive du malheureux professeur.

Cet incident nous révèle un Guillaume soucieux d’orthodoxie et nous vaut, de sa part, une vigoureuse apologie de la Foi traditionnelle : le Miroir de la Foi , l’Énigme de la Foi (traité de la Trinité), un Commentaire sur l’épître aux Romains .

Le chef-d’œuvre de Guillaume, son testament, c’est, en 1144, la Lettre aux frères du Mont-Dieu, une apologie encore, mais cette fois de l’idéal et du genre de vie des disciples de saint Bruno, les Chartreux, en butte à la chicane.

C’est, par ailleurs, un traité complet, et d’une rare discrétion, de vie ascétique et mystique. Son succès s’avère immense : sous le nom de saint Bernard, l’opuscule pénétrera tous les milieux, religieux, cléricaux, universitaires aussi (les manuscrits connus : plus de 270, en font foi) de l’Europe. Par la Styrie, l’Allemagne, il atteindra les pays Baltes.

Guillaume s’éteint discrètement, comme il a vécu. Plus qu’une simple nomenclature, l’examen de ses travaux, la mise au jour des sources de sa pensée révèlent un homme dont la science et la doctrine n’ont d’égale que l’humilité, le zèle pour les nobles causes, enfin l’ouverture au monde philosophique et religieux de l’Antiquité, tant de l’Occident latin que de l’Orient lointain, d’une des gloires de la littérature chrétienne du Moyen Âge.

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