Bienheureux JEAN DUNS SCOTT

Vendredi 8 novembre 2019, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

BIENHEUREUX JEAN DUNS SCOTT
Frère mineur, théologien
(c. 1266 -1308)

Philosophe et théologien franciscain (1266-1308). Né en 1266 (ou fin 1265) à Duns, en Écosse, d’où le surnom de Scotus.

Il entre chez les franciscains en 1280 et il est ordonné prêtre le 17 mars 1291. Commencée dans les collèges de son ordre, sa formation est complétée à l’université d’Oxford, où il reçoit, vers 1291-1293, l’enseignement de Guillaume de Ware. Il ne semble pas qu’il ait étudié à Paris, mais il connaît la logique parisienne grâce aux manuscrits en circulation et à l’enseignement de Simon de Faversham. C’est en effet entre 1290 et 1300 qu’il a dû composer ses œuvres de logique.

Bachelier sententiaire, il commence sa carrière à Oxford vers 1300-1301, avec le commentaire des Sentences de Pierre Lombard ; un abrégé de ce cours nous est parvenu sous le titre de Lectura. Mais c’est en 1300 ou 1302 qu’il aurait entamé, sur la recommandation du provincial franciscain d’Angleterre, son enseignement à l’université de Paris. Il se consacre à un nouveau commentaire des Sentences, lequel a été conservé sous forme de notes prises par les auditeurs : ce sont les Reportata parisiensia.

En 1302, Duns Scot assiste à la question disputée sur la louange de Dieu. C’est son maître, Gonzalve d’Espagne, qui est en position de disputant, et l’objectant n’est autre que Maître Eckhart. Cette controverse oppose le volontarisme du futur ministre général des franciscains, à l’intellectualisme du célèbre dominicain rhénan. Eckhart rapporte la dispute dans un sermon : « J’ai dit dans l’école que l’intellect était plus noble que la volonté, bien qu’elles appartinssent l’une et l’autre à cette lumière. Un maître a dit alors dans une autre école que c’était la volonté qui était plus noble que l’intellect [...] ».

En juin 1303, Duns Scot doit quitter la France parce qu’il a refusé de signer une pétition appelant, à l’initiative du roi de France Philippe le Bel, à la réunion d’un concile contre le pape Boniface VIII. Aussi retourne-t-il probablement à Oxford, où il reprend son enseignement. À l’initiative de Gonzalve d’Espagne, devenu entretemps Ministre général de l’Ordre, il regagne Paris vers la fin de l’année 1304, le nouveau pape, Benoît XI, ayant levé les interdictions qui pesaient sur l’université.

En 1305, il est fait docteur, et en 1306-1307, maître régent, c’est-à-dire directeur des études du studium franciscain, maison de formation rattachée à l’université. Fin 1307, il est envoyé à Cologne et y reçoit la charge de lector principalis pour l’implantation franciscaine dans cette ville. C’est là qu’il meurt, le 8 novembre 1308, laissant inachevée l’Ordinatio, troisième commentaire des Sentences.

Sa tombe est toujours visible dans l’ancienne église des frères mineurs. Vénéré par l’ordre franciscain pour sa défense de l’Immaculée Conception, puis dans le diocèse de Nole (Italie), Duns Scot a été béatifié en 1993. Il a laissé un grand nombre d’œuvres, dont la chronologie est cependant difficile à établir précisément.
Philosophie

La philosophie de Duns Scot doit être resituée dans un environnement intellectuel très complexe : celui de la scolastique après 1277. Dans les trois premiers quarts du XIIIe siècle, les maîtres universitaires avaient découvert avec enthousiasme le corpus aristotélicien (traduit en latin), et proposé des sortes de synthèses entre la philosophie et la foi chrétienne, au niveau de la méthode et/ou de la doctrine : c’est l’époque des Sommes, dont la plus connue est celle de Thomas d’Aquin. Cependant, si, au départ, on pouvait espérer que la pensée profane viendrait étayer et confirmer rationnellement la pensée religieuse, vint un moment où l’on se mit à craindre que le corpus aristotélicien ne prît le pas sur la révélation chrétienne. Aristote et certains commentateurs arabes n’affirmaient-ils pas que la nature avait doté l’homme de la capacité d’atteindre au bonheur, à savoir la contemplation du divin (le "premier moteur") par l’intellect ? Et que penser des positions philosophiques clairement incompatibles avec la doctrine chrétienne ? Poignantes interrogations, dont les condamnations de 1277 se firent l’écho : cette année-là, l’évêque de Paris, Étienne Tempier, condamnait 219 thèses de maîtres artiens (= de la faculté de philosophie) et pourchassait le spectre de ce que l’on a appelé l’averroïsme latin. Un coup d’arrêt était ainsi donné à l’aristotélisme, dont allait profiter le courant rival : ce néoplatonisme dont on redécouvrait alors les œuvres, mais dont la pensée était déjà connue entre les lignes de saint Augustin ou d’Avicenne.

La scolastique a ainsi été tenue de se réorganiser entre aristotélisme critique et augustinisme avicennisant. Telle fut la tâche de la génération intermédiaire entre Thomas d’Aquin et Duns Scot, dont les figures dominantes restent à Paris Henri de Gand et Godefroid de Fontaines, et dans l’ordre franciscain Pierre de Jean Olivi. Telle fut également la tâche de Duns Scot, et il entendit la mener dans la fidélité à la tradition franciscaine. C’est pourquoi il s’oppose à l’intellectualisme, c’est-à-dire une vision métaphysique qui, parce qu’elle exalte l’intellect humain, se voit souvent marquée par une pensée de la nécessité, de l’émanation, de la généralisation, voire du destin. Le contrepied de cela, c’est une métaphysique qui met au premier plan la volonté (d’où l’étiquette de volontarisme), entendue comme l’autonomie rationnelle de l’individu, dont la liberté est à l’œuvre dans un monde contingent. Cette formule, Duns Scot la déploie tout au long de sa philosophie, dont certains aspects vont être ci-dessous exposés, à travers l’épistémologie, la théorie de la connaissance et la métaphysique.

Répondre à cet article