CABRERETS SE SOUVIENT … C’ETAIT IL Y A 100 ANS ...

Samedi 6 juillet 2019, par Secrétariat // Cabrerets

Leurs noms sont gravés dans la pierre du monument aux morts de notre village. Ils étaient jeunes alors… Ils ont dû partir à la guerre où ils ont été tués. La date du 11 novembre 2018 a marqué le centenaire de cette guerre, qualifiée de… grande… et définie par ces deux nombres : 14-18.
Nous avons voulu, nous aussi, nous associer à cet évènement national de commémoration. A l’atelier Patrimoine du Foyer Rural de Cabrerets, nous avons élaboré, depuis le début de l’année, un livre : Cabrerets se souvient…
Nous avons cherché à faire revivre ces jeunes dans nos souvenirs afin qu’ils ne soient plus de simples patronymes, mais des hommes, jeunes et pleins d’avenir, ayant appartenu à leur terre, à leurs familles… C’était aussi pour nous une façon de leur dire merci !
Et ce dimanche 18 novembre 2018, après la cérémonie au Monument aux morts, nous avons reçu, avec émotion, ce livre fraîchement imprimé, de la part de Monsieur le Maire Dominique SECOND et de son Conseil Municipal. Ce livre est aussi offert à chacun des foyers de la commune. Et nous en sommes très heureux !
Mais il faut que je vous dise qu’une semaine avant, nous avions organisé une réunion toute simple dans la salle du Foyer Rural, pour voir le film les gardiennes. Ce film retrace la dure vie des femmes à la ferme et dans les champs, après le départ de leurs maris sur le front. Nous avions amené des documents de plus de 100 ans et surtout des lettres très émouvantes : celle d’une jeune femme à son mari, celles des deux frères BLANC, de Sauliac, tués tous les deux dans les combats, à leurs parents. Pour ma part, j’avais celles de mon grand-père VICTOR, écrites à sa femme Marie, lesquelles ont été lues par Dorian (25 ans), Mario (16 ans), ses arrière-arrières petits fils !
Ces lettres, en plus de leur grand âge, ont une histoire, que j’ai envie de vous conter. Victor, ce grand-père, gentil et affectif pour ses petits enfants, ne nous a jamais parlé de la guerre, jamais ! Pourtant, il avait, lui aussi, été appelé sous les drapeaux, à l’âge de 41 ans. Il avait dû partir à Marseille, à la Territoriale, et non sur le front,
heureusement. Il a été contraint d’abandonner sa ferme du Pech-del-Mas, où il y avait tant de travail… Je me souviens de ce soir-là, le lendemain de son décès en 1951, à l’âge de 78 ans. Mon petit frère et moi (11 ans), nous étions tristes et silencieux devant la cheminée. Ma grand-mère s’est approchée, les mains pleines de lettres, écrites autrefois, pendant la guerre, par elle-même et son mari. Elle les a alors jetées dans le feu.
Immobile et droite dans sa longue robe noire, les yeux secs, le visage dur et fermé, elle a regardé ces nombreuses missives brûler et devenir un tas de cendres. Et comme je lui demandais pourquoi, elle m’a dévisagée avec une expression infiniment triste : « c’était trop dur ! Maintenant c’est fini ! ».
Non, ce n’était pas fini ! Pourtant, mémé, la vie a continué ! J’ai retrouvé, 67 ans après, quelques lettres de pépé dans la poussière du grenier. Leur écriture, à peine lisible sur le papier terni par le temps, m’a appris ce que vous ne pouviez pas dire à vos petits-enfants. Aujourd’hui, ce sont vos arrières-arrières petits enfants qui sont là pour faire entendre votre voix d’il y a un siècle :
« Ces années de guerre ont été terribles pour nous, même si nous savions Victor en sécurité. Vous comprenez son désespoir d’être si loin des siens contre sa volonté, alors qu’il y a tant de travail pour faire vivre notre ferme, que son absence manquait cruellement à sa femme et à ses vieux parents, son besoin de les rassurer sur sa santé, son impatience à recevoir des nouvelles.
Devant l’absurdité d’une telle guerre, seule la pensée de sa famille, de son coin de terre et de ciel, en somme trésors inestimables pour l’être humain, lui donnait la force de vivre jour après jour, dans l’espoir de les revoir enfin dans la paix retrouvée ».
« La Grande Guerre a mobilisé huit millions de soldats sur le front et bouleversé l’existence de tous les français. Pendant quatre ans, hommes, femmes, enfants prennent la plume. La Poste est gratuite pour le front. Il s’échange en franchise militaire, quatre millions de lettres ou cartes par jour à partir de 1915, et plus de dix milliards pour toute la durée de la guerre ».

MARYSE D.

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