LETTRE DU PAPE FRANCOIS AU PEUPLE DE DIEU DU 20 AOUT 2018

Mercredi 13 mars 2019, par Secrétariat // LETTRE DU PAPE FRANCOIS AU PEUPLE DE DIEU

Après la publication du rapport sur les cas d’abus sexuels en Pennsylvanie à la mi-août, le Pape François publie une lettre qu’il adresse au Peuple de Dieu. Il y exprime la douleur et la honte ressentie. Il y fustige le cléricalisme et appelle l’ensemble des baptisés à s’engager pour mener la lutte contre les abus et toute forme de corruption spirituelle. Voici des extraits de son texte (à retrouver dans son intégralité sur le site : https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/459286-lettre-pape-francois-peuple-de-dieu/).
Le titre de cette lettre : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26).
Le pape commence par sa souffrance de l’ampleur des abus sexuels sur les mineurs, mais il introduit de suite une nuance forte : « la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience ». François élargit le crime terrible des clercs et des personnes consacrées : pas seulement la pédophilie, mais aussi l’abus de pouvoir et de conscience, ces trois abus mis sur un pied d’égalité.
L’interprétation de cette phrase peut aller très loin : celui qui a une autorité en église doit vérifier qu’il ne commet pas un tel abus : viol des corps, viol des consciences ou viol des communautés.
Le pape précise : « il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables ». En ces temps où les paroisses sont de plus en plus fragiles, comment ne pas comprendre que derrière « adultes vulnérables », on peut associer toutes les tentations de confondre service et pouvoir sur la portion du peuple de Dieu qui nous est confié. Par exemple, un curé ou un aumônier laïc qui se comporte en despote au sein de ses équipes entre surement dans cette dénonciation grave de notre pape…
C’est pour cela que dès le départ de cette lettre historique, le pape en appelle à une révolution : « Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées ».
Le pape associe son désir de ne pas nier les faits (il les détaille), la honte et la volonté de repentance, avec l’œuvre de Dieu : là où l’Institution a tout fait pour faire taire les victimes, Dieu a eu le dernier mot dans cette épreuve que vit l’Eglise. Ayant moi-même, au début de mon séminaire, conduit à dénoncer un prêtre qui abusait des adolescents (reconnu trois ans après par la Justice Française qui l’a condamné en appel à 18 mois de prison avec sursis…), je peux témoigner la force de l’omerta d’une partie de cette Institution qui faisait tout pour qu’aucun scandale ne vienne éclabousser, quitte à briser et condamner l’innocent que j’étais (voulant juste protéger des mineurs vulnérables, mais aussi des séminaristes vietnamiens qui devaient céder aux attouchements de ce prélat et qui savait qu’ils ne pouvaient pas retourner dans leur pays sous peine d’un déshonneur bien plus grave qu’un viol… viol physique auquel s’ajoutait donc un viol de leur conscience, de leur culture, de leur famille).
Oui, je peux témoigner avec le pape : « La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir ».
Après avoir reconnu avec force que « nous avons négligé et abandonné les petits », le pape ne tombe pas dans le misérabilisme mais désire ouvrir des chemins d’avenir, en demandant une prise de conscience collective : « L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur ».
Reconnaissant qu’il existe déjà des efforts et des réponses pour protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, il affirme qu’elles ont trop tardé et qu’il faut une transformation bien plus grande : « Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin.
Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur (…) Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur (« Mais cette sorte de démons ne se chasse que par la prière et par le jeûne » (Mt 17,21), pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du « jamais plus » à tout type et forme d’abus ».
A ce moment, le pape François retrouve son intuition première : lier viol des enfants et viol des consciences, en mettant sur le pied d’égalité pédophilie et cléricalisme : « chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise (…) comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». En gros, accompagnateur spirituel, oui ; directeur des consciences, non !
Et le pape d’en rajouter : « Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ».
Le pape justifie sa pensée en mettant en avant la communauté : un abus d’une personne vient du fait que la communauté n’a pas été honorée, sinon il n’y aurait pas pu avoir un tel abus. Cela vient de l’histoire même du salut où Dieu n’a pas sauvé qu’Abraham : il a sauvé le peuple « aussi nombreux que les étoiles, que les grains de sable ». Ainsi : « le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaitre nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur. Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Eglise ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation ».
Une volonté communautaire, deux actes personnels (le jeûne et la pénitence) au service de la conversion de toute l’Eglise, afin que cette situation démoniaque ne se reproduise jamais. Le pape donne alors une théologie de la pénitence et du jeûne, à vivre dans la charité, dans la demande de pardon, dans le désir de la réparation spirituelle et le désir de grandir en sainteté.
Marie est comme toujours notre modèle pour savoir comment réagir dignement : « Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon « de donner plus de temps à la prière » (S. Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319), cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Eglise. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir ».
Que l’Esprit Saint nous aide à vivre ce chemin de conversion, de renouveau et qu’Il fasse toute chose nouvelle !
+pape François, commentaires du père Franz

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