NEW AGE ET PRIERES CHRETIENNES

Samedi 4 avril 2020, par Secrétariat // VOYANCE ET OCCULTISME

Nouvelles thérapies, méditations New Age et prière chrétienne.

Dans toutes les revues, nous sommes inondés de publicités (pourtant interdites par la Loi…) du style : « pensez à votre propre corps du point de vue énergétique ; retrouvez l’harmonie grâce à l’étincelle divine présente en vous »…
Nous vivons dans un vaste syncrétisme médico-spirituel mélangeant allégrement : Extrême Orient (théories du Feng Shui, ouvertures des Chakras issus du Kundalini-Yoga, Chamanisme, etc.), méthodes psychologiques, médecines douces et autres. Dans ces nouvelles formes de méditation, le corps, la posture, la respiration jouent un rôle considérable.
Pour remédier à l’insécurité ambiante, dans notre société consumériste, de véritables supermarchés de la spiritualité sont édifiés. L’individu y choisit ce qu’il pense lui convenir le mieux, car il rejette toute autorité. Mais, si chacun veut être original, le résultat au final est plutôt stéréotypé…
Voici une recette spécialement concoctée : « une pincée de psychologie de vulgarisation centrée sur l’épanouissement personnel –être bien dans sa peau !-, parler de réincarnations, de karma, de maîtrise du souffle, de chakras et surtout, surtout… promettre de devenir ZEN. Inviter à méditer, à descendre en soi, surtout sans préciser ce que l’on méditera, ni ce qu’on risque de trouver ! Puis s’inscrire dans la « grande » tradition des astrologues d’Egypte ou de la Mésopotamie, sans négliger de se référer aux spéculations astrologiques (l’ère nouvelle annoncée serait celle du Verseau succédant à celle du Christianisme). Recueillir l’héritage de tous les animismes et panthéismes de partout ; recueillir et libérer les énergies vitales qui sommeillent en nous… Les réorienter pour les mettre en communion avec celles de la nature ; détecter ces énergies à l’aide du pendule, et de diverses techniques de radiesthésie et du magnétisme. Remonter à nos vies antérieures et entrer en communication avec les esprits de vos ancêtres… Ne pas négliger l’expérience de contact avec la « Nature » (comme si c’était une personne vivante) qu’avaient ou qu’on encore les chamans, les sorciers et autres guérisseurs africains ou amérindiens. Redécouvrir et développer notre médiumnité naturelle. Et pour finir, pendant que le chaudron est sur le feu, une grande gentillesse et un air de complicité : vous avez de la chance d’être ainsi initiés ! Ces enseignements sont réservés à ceux qui, comme nous, sont capables d’en tirer profit ».
Par contre, ne vous posez pas trop la question de la facture ! Elle sera en général très élevée mais… « vous ne regretterez pas l’expérience et même vous en redemanderez ! Mon bonheur n’a pas de prix, de toute façon ».
Sans entrer dans les détails de ces nouvelles thérapies ou méditations, le document sur la méditation chrétienne publié par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de grande actualité et donne quelques clefs de discernement. Ce document s’intitule « Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur certains aspects de la méditation chrétienne » daté du 15 octobre 1989). Vous le trouverez gratuitement sur Internet, en français, sur ce lien :
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19891015_meditazione-cristiana_fr.html
Ou en tapant sur Google : « Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur certains aspects de la méditation chrétienne », le lien apparaît en première proposition !
Certes, certaines de ces techniques contiennent des éléments importants : rôle du silence, la force régénérante de la méditation et la relation étroite entre le corps et l’âme. Cependant, la prière chrétienne est avant tout un dialogue d’amour, de personne à personne, un cœur à cœur, et non un monologue.
Ensuite, toutes ces propositions ne cherchent pas à connaître un Autre mais soi-même, son propre corps pour son « bien-être » personnel. Aussi utile que cela puisse paraître, cela n’a rien à voir avec la méditation chrétienne, qui est toujours dialogue avec Dieu et qui ouvre à l’autre.
D’autres formes de méditation vont plus loin encore. Elles prétendent trouver l’étincelle divine contenue en chacun afin de rendre possible que le « je » se perde dans l’Etre infini de l’Absolu comme une goutte d’eau dans la mer. Ces conceptions de la prière qui dérivent de l’Orient contiennent une fausse idée de Dieu et de l’homme.
Nous sommes appelés, certes, à rejoindre l’Océan d’amour en Christ, mais nous garderons conscience de notre goutte d’eau. Nous ne nous diluerons pas dans cet océan mais nous serons petite goutte en communion avec toutes les autres, en restant cette goutte unique et consciente.
Le souci est que dans ces visions tirées de l’Orient, le fait est nié que Dieu est une Personne à qui je peux parler et qui m’écoute. Dieu est conçu au mieux comme une énergie impersonnelle, un principe cosmique, une « étincelle divine en moi ». Disparaissent ainsi le Créateur et la créature : nous trouvons le divin, notre divin en nous. Et finalement… nous sommes Dieu !
Cette tentation est loin d’être nouvelle ! Or, Dieu a créé le monde par amour, celui-ci est bon et même très bon (cf. Gn 1, 31), mais si Dieu en prend grand soin, le monde n’est pas Dieu. La peinture ne sera jamais le peintre ! Dieu seul est Dieu. Par ailleurs, chaque homme est une personne unique, et ce, pour l’éternité.
Plus encore, la prière est conçue comme le résultat de techniques déterminées alors qu’elle est don de Celui qui sauve. L’homme ne peut pas parvenir à l’harmonie (et même à la quadruple harmonie : avec soi-même, avec les autres, avec le Tout-Autre et avec la Création) et pénétrer dans le mystère de Dieu à travers l’exercice et l’effort. Certes, la position du corps peut sans aucun doute rendre plus facile le recueillement intérieur (et tous les maîtres spirituels chrétiens invitent à trouver sa bonne position avant même tout chemin d’oraison ou d’adoration), mais ce n’est pas encore la prière. C’est une technique pour justement éviter les distractions pendant le temps de prière, un préliminaire avant d’entrer en prière. La vraie prière n’est pas une question de technique ; elle est foi en Jésus-Christ et don de l’Esprit Saint qui « vient en aide à notre faiblesse » et « intercède avec insistance pour nous » (Rm 8, 26).
Et n’oublions pas les Evangiles et St Paul : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne peut aller vers le Père sans passer par moi », nous dit Jésus (Jn 14,6). « Personne ne peut dire « Jésus est Seigneur » sinon sous l’action de l’Esprit Saint » (1 Co 12,3).
La prière n’est pas la fuite égoïste du monde, elle est intercession pour le monde ! Elle donne toujours des fruits d’amour envers le prochain, elle produit le pardon et rend plus fort pour affronter le combat de la vie (cf. Benoît XVI, dans son Encyclique « Spe Salvi », n°33 : « De façon très belle, St Augustin a illustré la relation profonde entre prière et espérance dans une homélie sur la Première lettre de Jean. Il définit la prière comme un exercice du désir. L’homme a été créé pour une grande réalité – pour Dieu lui-même, pour être rempli de Lui. Mais son cœur est trop étroit pour la grande réalité qui lui est assignée. Il doit être élargi. « C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir ; en faisant désirer, il élargit l’âme ; en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir ».
Augustin utilise une très belle image pour décrire ce processus d’élargissement et de préparation du cœur humain. « Suppose que Dieu veut te remplir de miel [symbole de la tendresse de Dieu et de sa bonté] : si tu es rempli de vinaigre, où mettras-tu ce miel ? » Le vase, c’est-à-dire le cœur, doit d’abord être élargi et ensuite nettoyé : libéré du vinaigre et de sa saveur. Cela requiert de l’effort, coûte de la souffrance, mais c’est seulement ainsi que se réalise l’adaptation à ce à quoi nous sommes destinés. Même si Augustin ne parle directement que de la réceptivité pour Dieu, il semble toutefois clair que dans cet effort, par lequel il se libère du vinaigre et de la saveur du vinaigre, l’homme ne devient pas libre seulement pour Dieu, mais il s’ouvre aussi aux autres. En effet, c’est uniquement en devenant fils de Dieu, que nous pouvons être avec notre Père commun.
Prier ne signifie pas sortir de l’histoire et se retirer dans l’espace privé de son propre bonheur. La façon juste de prier est un processus de purification intérieure qui nous rend capables de Dieu et de la sorte capables aussi des hommes. Dans la prière, l’homme doit apprendre ce qu’il peut vraiment demander à Dieu – ce qui est aussi digne de Dieu. Il doit apprendre qu’on ne peut pas prier contre autrui. Il doit apprendre qu’on ne peut pas demander des choses superficielles et commodes que l’on désire dans l’instant – la fausse petite espérance qui le même nous a laissée en disant « ceci est mon corps, ceci est mon sang ».
Mais c’est la foi en la parole de Jésus qui permet au regard de contempler Jésus-Christ en regardant une hostie consacrée. Car, en elle-même, l’hostie n’a pas une apparence attirante ni fascinante. C’est avec l’aide de l’Esprit Saint, dans la communion de l’Église, et jamais seuls que nous pouvons nous imaginer Jésus en nous représentant telle ou telle scène de l’Évangile. Par exemple, en relisant le récit de la découverte du tombeau vide par Pierre et Jean, nous pouvons demander la grâce du Saint-Esprit pour visualiser la scène et en faire une contemplation évangélique. Ou, en regardant la Sainte-Coiffe, nous pouvons tâcher de nous imaginer le corps de Jésus, sa tête qui en a été recouverte, puis, à la résurrection, le suaire qui recouvrait la tête, posé à sa place dans le tombeau… C’est un regard intérieur, contemplatif mais à distance des apparences visibles qui donne accès à l’image de Dieu qui est
Jésus-Christ.
La vénération de la Sainte-Coiffe aide à fixer notre attention sur un objet dont parle l’Évangile de Jean et à porter ainsi un regard intérieur sur la scène décrite par l’évangéliste du moment où Pierre et Jean arrivent dans le tombeau vide après la résurrection de Jésus et qu’il est dit de saint Jean : « il vit et il crut ».

Mgr Laurent Camiade
Evêque de Cahors

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