Saint ANSERIC

Jeudi 5 septembre 2019, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

Saint Anséric
évêque de Soissons (VIIe siècle)

Ansery (Ansericus) naquit à Epagny, village situé près de Vic sur Aisne et à quatre lieues de Soissons, de parents pieux, auprès desquels il apprit, dès son enfance, à aimer et à servir le Seigneur. Après la mort de l’évêque Landulphe, le clergé et le peuple furent unanimes pour élire Anseric.
Il résista longtemps, et ne donna son consentement que pour ne pas se mettre en opposition avec la volonté de Dieu, qui venait de se manifester. La dignité épiscopale, loin de l’éblouir et de l’enfler d’orgueil, ne lui inspira que des sentiments de la plus profonde humilité. Il ne changea rien à sa manière de vivre qui l’avait rendu, pendant sa cléricature, l’objet de la vénération des Soissonnais. Il redoubla même ses austérités et ne fut que plus assidu à la prière. Aussi sa parole, ses conseils, ses exhortations, et au besoin ses réprimandes, étaient toujours écoutées et revues avec respect et désir de s’y conformer ; on savait qu’il ne prescrivait rien dont il ne donnât le premier l’exemple. Les populations étaient avides de le voir célébrer les saints mystères ou administrer les sacrements, tant il s’acquittait de ces fonctions avec une modestie, une piété, un recueillement qui ravissaient les plus indifférents.

Sa sainteté fut récompensée plus d’une fois par le don des miracles et la guérison des maladies. Au lieu de sa naissance, à Epagny, par ses prières et sa foi vive, il fit jaillir une source abondante qui existe encore et est toujours appelée Fontaine du pied de Saint Ansery (2), parce que le Saint, ayant mis le pied sur un roc, s’écria « Au nom du ciel, qu’il y ait ici une fontaine ». Cette eau a eu souvent la vertu de rendre la santé aux malades. Saint Anseric parut avec honneur à la cour de Clotaire II et de Dagobert 1er, son fils. Il ne pouvait y inspirer que l’horreur du vice et l’amour de la religion et des bonnes mœurs. Anseric était lié d’amitié avec plusieurs saints évêques ou laïques, saint Arnoul de Metz, saint Faron de Meaux, saint Eloi de Noyon, saint Ouen de Rouen, travaillaient tous, par leurs exemples et leurs exhortations, à rendre de plus en plus chrétiennes des populations qui conservaient encore quelques restes de coutumes païennes et barbares. Saint Anseric aimait et favorisait en toute occasion les communautés religieuses de son diocèse ; sa générosité à leur égard ne connaissait pas de bornes.
Il allait même jusqu’à se dessaisir en leur faveur d’une partie de ses droits épiscopaux. C’est ainsi qu’il sollicita et obtint du pape saint Grégoire le Grand la confirmation du Privilège de saint Médard, de Soissons, privilège qui soustrayait ce célèbre monastère à la juridiction et Visite de l’ordinaire, le constituait chef de tous les monastères des Gaules, le plaçait sous la protection du roi et sous l’autorité immédiate du Saint-Siège, lui donnait la liberté d’élire ses abbés, etc.

Saint Anseric n’avait pas moins de zèle pour restaurer ou bâtir les églises destinées au service des paroisses. Le nombre des fidèles s’étant considérablement accru à l’extrémité du faubourg de Crouy, au-delà du faubourg de Saint-Waast et de l’abbaye de Saint-Médard, il construisit en ce lieu une nouvelle église qu’il dédia à saint Etienne, et qui prit plus tard le nom de Saint-Paul. Il y adjoignit une communauté de clercs, à qui il donna de sages règlements. Anseric venait s’y retirer pendant des semaines entières, soit pour y vivre lui-même dans la solitude et le recueillement, soit pour instruire les jeunes clercs dans les saintes Lettres et les initier aux pratiques de la vie sacerdotale.
Un grand événement de l’épiscopat de saint Anseric est une translation des reliques de saint Crépin et de saint Crépinien, martyrs de Soissons. Après avoir séjourné longtemps dans un oratoire de la rue actuelle de la Congrégation, leurs reliques avaient été renfermées dans la crypte de la basilique de Saint-Crépin le Grand, élevée au faubourg de ce nom. La pratique constante de l’Eglise de Jésus-Christ a toujours été de conserver précieusement les corps des Saints et de n’ouvrir leurs tombeaux que dans des circonstances assez rares. Anseric assembla son clergé et demanda son avis ; consulta plusieurs évêques, ordonna des jeûnes et des prières pour connaître la volonté de Dieu et obtenir la faveur de reconnaître le précieux trésor, caché depuis longues années aux yeux des fidèles.

Après avoir pris ces sages précautions, il fixa au 10 juin la solennité de l’ouverture du tombeau et de la translation des corps. Plusieurs de ses collègues s’y rendirent avec empressement, entre autres saint Eloi, saint Faron et saint Ouen. La crypte ayant été ouverte, une suave odeur sortit des deux cercueils et se répandit dans toute l’enceinte sacrée : des larmes de joie sortaient de tous les yeux. Les pontifes baisèrent avec respect les saints ossements, mirent à part les deux tètes des martyrs, enveloppèrent dans la soie le reste des reliques et les renfermèrent dans la magnifique châsse travaillée par saint Eloi lui-même. Les évêques la portèrent sur leurs épaules et la déposèrent au-dessus de l’autel principal de la basilique. Le chef de saint Crépin fut placé dans les archives ou trésor de l’église ; celui de saint Crépinien fut donné à saint Eloi. Plusieurs miracles s’opérèrent pendant cette translation. Les relations du temps citent surtout la guérison instantanée et complète d’une femme de Paris. Horriblement tourmentée par le démon, elle s’était en vain adressée à la très-sainte Vierge pour en être délivrée ; Dieu, par un dessein tout particulier de sa Providence, voulant exciter la confiance dans l’intercession de nos saints martyrs. Elle entre dans le chœur, aussitôt les accès de son mal redoublent, les prélats et le peuple en sont effrayés ; tous se prosternent en gémissant devant la châsse de saint Crépin et de saint Crépinien ; la femme, avec humilité et confiance, se traîne auprès des saintes reliques : à peine elle les a touchées qu’elle se sent entièrement délivrée du malin esprit qui la possédait.

Anseric ne s’occupait pas tellement du bien spirituel de ses ouailles, qu’il négligeât leurs affaires temporelles : de graves difficultés s’étaient depuis longtemps élevées entre les habitants de Soissons, au sujet de la mesure du vin : l’évêque fit un dernier effort pour apaiser cette vieille querelle. Ayant convoqué le clergé et le peuple, il leur parla avec tant d’onction et de charité que tous s’en rapportèrent, sur ce point litigieux, à sa décision. Sur-le-champ, il fit faire une mesure de cuivre appelée depuis demi-setier, pour servir de type et d’étalon. Cet instrument s’est conservé pendant plusieurs siècles dans le trésor de la cathédrale, et à certains jours le peuple le venait baiser avec respect, comme ayant servi à établir la paix et la concorde dans la ville. Une maladie contagieuse ravageait la ville de Soissons et ses environs, Anseric se mit en prière pour conjurer le fléau. Tout à coup une voix se fit entendre dans les airs : « Quel mal pouvons-nous faire à cette ville ? à la porte de l’Orient reposent les corps de saint Crépin et de saint Crépinien ; du côté de l’Occident est le lieu où ils ont versé leur sang ; dans l’enceinte de ses murailles il y a la poussière et le lieu de leur sépulture ; nous ne pouvons plus rien ici, il faut laisser la ville sous leur tutelle ». Après ces paroles, la maladie contagieuse disparut entièrement.

Cependant Anseric avançait en âge et se préparait à rendre compte de son administration à Celui qui juge les princes de l’Eglise aussi bien que les simples fidèles. Il se prépara avec foi et confiance au dernier passage. Sa vie avait été tout entière consacrée à travailler à sa propre sanctification et au salut de son peuple. Il demanda les derniers sacrements et rendit le dernier soupir entre les bras de ses clercs, vers 552. Après sa mort il apparut à sainte Salaberge de Laon, « Me reconnais-tu ? » lui dit-il en s’avançant vers elle. « Non », répondit-elle. « Je suis Anseric, évêque de Soissons ; viens, viens, que je te montre les portes du paradis, la cité du Très-Haut et les sièges des douze Apôtres, tout brillants d’or et de pierreries. Voici le lieu qui t’est préparé ». Après ces mots il disparut.

CULTE ET RELIQUES.

Le corps de saint Anseric fut déposé dans la collégiale de Saint-Etienne (aujourd’hui Saint-Paul), sur la route qui conduit de Soissons à Crouy Les bâtiments de ce couvent, vendus à la Révolution, sont divisés en plusieurs habitations particulières. Il ne reste aucun vestige de l’église. Son tombeau était visité par les fiévreux et les possédés, qui venaient y demander leur guérison. Jusqu’en 1789, une pierre placée sur le marche-pied de l’autel indiquait le lieu où il avait été primitivement enseveli mais ses reliques n’y étaient plus, elles avaient été transportées dans le trésor de la cathédrale, d’où elles ont disparu avec tant d’astres. Le village d’Epagny n’a pas oublié son saint protecteur. Chaque année sa fête s’y célèbre très solennellement, et encore aujourd’hui une de ses portes porte le nom de Saint Anseric.

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