Saint DIDIER

Samedi 23 mai 2020, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

SAINT DIDIER, ÉVÊQUE DE VIENNE EN DAUPHINÉ 608

Dans la première moitié du 6 e siècle, sous le règne de Childebert I er, naissait à Autun un enfant de bénédiction nommé Didier, qui devait un jour illustrer l’un des plus grands sièges épiscopaux de l’empire mérovingien par sa vie et par sa mort. II passa son adolescence dans sa ville natale, et reçut vraisemblablement les premières leçons de la science et de la vertu dans l’illustre abbaye de Saint-Symphorien, gouvernée alors par saint Germain. Saint Numace, évêque de Vienne, ayant fait connaissance de Didier, découvrit en lui les germes d’éminentes qualités et voulut les cultiver lui-même. Il le prit donc auprès de sa personne et l’aima comme un fils (558). Saint Philippe, son successeur, ne pouvait manquer de porter le même intérêt à un jeune homme qui donnait de si belles espérances et l’admit parmi les clercs de son église. Didier se fit bientôt remarquer entre tous par sa piété et ses progrès dans les sciences ecclésiastiques. Cher à saint Evance comme à saint Numace et à saint Philippe, apprécié par saint Vérus autant que par les trois évêques précédents, il fut élevé par lui à la charge d’archidiacre et se distingua tellement dans cet important ministère, qu’après la mort de ce saint prélat (596), le clergé et les fidèles de Vienne l’appelèrent d’une voix unanime à remplir le siège vacant. Le choix ne pouvait être meilleur. Didier brilla dans l’Eglise des Gaules par son savoir et par toutes les vertus épiscopales. Sa réputation s’étendit même bientôt jusqu’à Rome et saint Grégoire, éminent appréciateur du vrai mérite, lui donna dans les lettres qu’il lui écrivit les plus honorables témoignages d’estime et de confiance.

Ce grand Pape recommanda au saint évêque de Vienne, comme à saint Virgile d’Arles et à saint Syagre d’Autun, les missionnaires qu’il envoyait en Angleterre, se servit de son zèle aussi ferme qu’éclairé pour combattre la simonie, et lui confia le soin si important de conserver intacte la discipline ecclésiastique dans sa province. Cependant Didier, qui avait reçu une brillante éducation, crut pouvoir continuer à cultiver ou à donner pour délassement à son esprit l’étude des lettres humaines. Assurément rien n’était plus légitime aussi bien n’employait-il les avantages qu’il retirait de cette étude qu’à mieux présenter les vérités religieuses.

Mais quelques esprits faibles, étroits ou envieux, l’accusèrent auprès du Pape de substituer les fables païennes à l’Ecriture et de profaner par les louanges de Jupiter une bouche destinée à chanter les louanges de Jésus Christ. L’illustre chef de l’Eglise en écrivit au saint évêque. Celui-ci n’eut pas de peine à faire agréer son apologie à un Pontife qui était lui-même si éclairé. Saint Grégoire confondit les accusateurs de Didier en lui rendant publiquement justice. Bientôt après le grand Pape mourut, et une haine plus terrible se déchaîna contre notre Saint. Brunehaut, qui n’avait plus pour conseil et pour frein la parole et l’autorité de Grégoire, s’abandonna dès lors à la passion de la vengeance. Elle ne pardonnait point à Didier d’avoir élevé la voix, avec la généreuse et sainte liberté d’un évêque, contre les désordres fomentés par l’ambition d’une cour scandaleuse. Pour que sa vengeance fût pleinement satisfaite, il lui fallait deux choses : décrier l’évêque qui l’avait condamnée, afin d’ôter toute valeur à ses reproches puis le bannir, afin de se délivrer de sa présence qui était pour elle une accusation et un remords. Elle convoqua donc un conciliabule à Chalon-sur-Saône et produisit de faux témoins qui chargèrent Didier de crimes. Le nouveau Chrysostome fut déposé et relégué dans une île lointaine et sauvage, sur les côtes de l’Ecosse.
Mais Dieu se chargea lui-même et de justifier l’innocence calomniée de son serviteur et de proportionner la gloire aux humiliations, en l’honorant du don des miracles. La renommée de ces prodiges fit grand bruit, et Brunehaut trembla ; elle avait peur sans doute de la vengeance divine. Peut-être aussi craignait-elle l’opinion publique qui lui reprochait de persécuter un Saint. Quoi qu’il en soit, elle permit à Didier de revoir, après quatre ans d’exil, son diocèse désolé. Mais le gouverneur de Vienne ne l’y laissa pas longtemps tranquille et sembla prendre à tâche de le molester en toute circonstance. Un jour entre autres, il fit jeter en prison douze des serviteurs de l’Eglise. Le pontife, pénétré de douleur, répandit des larmes devant Dieu ;
et saint Sévère apparut aux prisonniers et les délivra. C’est ainsi que le ciel, par ce miracle et par d’autres encore, continuait à montrer que la cause de notre Saint était la sienne propre. Le jeune roi Thierry II en fut frappé il voulut voir l’homme de Dieu et lui demanda des conseils. Didier, à qui les persécutions n’avaient point appris à tenir la vérité captive, lui dicta hardiment son devoir : « Chassez, lui dit-il, ces misérables femmes dont la présence souille la cour et prenez une épouse légitime, une princesse digne de vous, digne de la Bourgogne. » Le prince, docile à cet avis aussi généreux de la part de l’évêque que salutaire et glorieux pour lui, demanda la fille de Vittéric, roi des Visigoths. Mais Brunehaut, craignant de perdre par ce mariage son autorité de reine mère, réussit à l’empêcher et prépara contre Didier une nouvelle vengeance. Cette nouvelle Hérodiade fit aposter trois assassins, Beffan, Galifred et Betton, auxquels elle donna ordre de le suivre lorsqu’il retournerait de Châlon à Vienne. Accompagnés d’une troupe de scélérats, ils le joignirent dans le pays des Dombes, au bourg de Cormoranche, où ils le maltraitèrent inhumainement ; continuant sa route au milieu de ses bourreaux, ce saint évêque succomba accablé, sous une grêle de pierres, dans le lieu de Prissignac, (Prisciniacum) près de la rivière de Chalaronne.
C’est ainsi que mourut notre saint évêque, le 23 mai 608 ; c’est ainsi qu’ayant souffert pour la justice ce que les martyrs ont enduré pour la vérité, il eut part à leur gloire, comme un véritable imitateur de saint Jean-Baptiste et du prophète Elie, dans la conduite qu’ils avaient tenue à l’égard d’Hérodiade et de Jézabel. Son corps fut enterré dans le village de Prissignac, où il plut à Dieu de découvrir, par les miracles qui s’opèrent à son tombeau, la sainteté de son serviteur et la félicité dont il avait été récompensé. Des aveugles y recouvrèrent, la vue des boiteux et des infirmes, affligés de diverses maladies, y furent guéris mais c’est surtout pour être délivrée de la fièvre que la foule, à toutes les époques de l’année, de toutes les parties des Dombes et du Lyonnais, venait en pèlerinage à l’église de Prissignac. Il s’y forma un bourg considérable qui prit le nom de Saint-Didier-sur-Chalaronne ; c’est aujourd’hui une très grande paroisse dans le canton de Thoissey. L’accroissement de ce bourg doit donc être attribué à ce Saint. Cinq ans après, en 613, Clotaire II ayant réuni toute la monarchie française sous sa domination, fit mourir Brunehaut et en extermina toute la race en massacrant les enfants du roi Thierry, petit-fils de cette princesse.

L’évêque de Vienne, Domnole, que l’on avait substitué au Saint, étant mort vers l’an 620, son successeur, saint Ethère, transféra le corps de saint Didier à Vienne, dans l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul, hors des murs, le 11 e jour de février, vers l’an 620. De nombreux miracles éclatèrent pendant cette translation ceux qui continuèrent à s’opérer auprès de ses reliques, rendirent longtemps son culte fameux dans tout le Dauphiné. Adon, évêque de Vienne, l’auteur du Martyrologe, qui a écrit aussi l’histoire du martyre et de cette translation de notre Saint, en détacha quelques reliques, vers l’an 870, pour les envoyer à l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse.

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