Saint THOMAS MORE

Lundi 22 juin 2020, par Secrétariat // LE SAINT DU JOUR

Saint Thomas More
Chancelier du roi Henri VIII d’Angleterre, martyr (✝ 1535)

Thomas More, latinisé en Thomas Morus (7 février 1478, Londres – 6 juillet 1535, Londres), est un chanoine, juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais. Grand ami d’Érasme, érudit, philanthrope, il participe pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise cette époque, ainsi qu’à l’humanisme, dont il est l’un des représentants anglais.

Nommé « ambassadeur extraordinaire », puis « chancelier du roi » par Henri VIII, il désavoue le divorce du roi et refuse de cautionner le schisme avec Rome : il démissionne de sa charge en 1532. Devant la persistance de son attitude, il est emprisonné, puis décapité comme « traître. »

Béatifié le 29 décembre 1886 par Léon XIII, Thomas More est canonisé — saint Thomas More — le 19 mai en 1935 par le pape Pie XI.

Famille et études

Thomas More est le fils de l’homme de loi londonien John More (c. 1451-1530), et d’Agnes More. Page du cardinal Morton, archevêque de Cantorbéry, de 1490 à 1492, il intègre grâce à ce dernier l’université d’Oxford à partir de 1492. En 1494, Thomas s’intéressant de plus en plus aux écrits grecs et latins, son père décide de l’envoyer dans une école de droit, New Inn, et à Lincoln’s Inn ; parmi ses maîtres, John Colet et Érasme deviendront ses amis. Inscrit à vingt-et-un ans au barreau des avocats, il enseigne le droit jusqu’en 1510. Il devient l’avocat des marchands de la City et est élu juge (under-sheriff) en 1510 par les habitants de Londres.

Vers 1503 il fait une longue retraite à la chartreuse de Londres, puis épouse Jane Colt en 1505, avec qui il a trois filles et un fils.

Selon Érasme, « il préféra être un mari chaste plutôt qu’un moine impudique. »

Au décès de sa femme en 1511, il se remarie avec Alice Middleton, veuve et mère de deux enfants. Une partie de sa célébrité de son vivant lui vient de l’éducation de haut niveau qu’il fait donner à ses enfants, filles comme garçons.

Carrière politique sous Henri VIII

Membre du Parlement à partir de 1504, il s’élève contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre d’Écosse. Le roi fait emprisonner son père et Thomas More se retire en France (1508). L’avènement d’Henri VIII en 1509 le fait revenir en Angleterre et marque le début d’une brillante carrière politique de plus de vingt ans.

D’abord au service du tout-puissant cardinal Thomas Wolsey, administrateur de ses biens, Thomas More est bientôt nommé par le Roi maître des requêtes, puis à son Conseil privé, et on l’envoie en missions diplomatiques et commerciales aux Pays-Bas (1515), où il rédige L’Utopie, puis à Calais (1517). En 1521, il est nommé trésorier de la Couronne ; en 1523, il est élu, contre son gré, speaker du Parlement. La même année, il commence à participer à la polémique contre les thèses de Luther, ce pour quoi son ami l’évêque Tunstal le mandate en 1528 (il rédige en cinq ans, de 1528 à 1533, sept livres en anglais de réfutation de ces thèses).

Nommé chancelier du duché de Lancastre en 1525, il fait partie de la délégation qui négocie en 1529 la paix avec l’Espagne. La même année, la disgrâce du cardinal Wolsey le fait accéder à la plus haute charge, celle de Chancelier du Royaume, premier laïc nommé à ce poste. En tant que chancelier, il fait emprisonner quarante personnes acquises aux idées de Luther. En 1531, il fait appliquer la sentence rendue contre Richard Bayfield (en) condamné à être brûlé vif à Smithfield ; cinq autres condamnations suivent.

Mais la volonté du roi d’épouser Anne Boleyn, dont il s’est épris en 1527, afin d’avoir un fils légitime, se heurte au refus du pape d’annuler le mariage royal avec Catherine d’Aragon, ce qui amène Henri VIII à rompre avec Rome.

More refuse de signer une lettre des dirigeants religieux et des aristocrates anglais demandant au pape d’annuler le mariage d’Henri et de Catherine. En 1531, il présente sans succès sa démission après avoir été obligé de prêter un serment déclarant le roi Chef suprême de l’Église d’Angleterre, auquel il ajoute la mention : « Autant que le Christ l’autorise ». En 1532, il obtient du roi d’être relevé de ses fonctions, se prétendant malade et atteint de vives douleurs à la poitrine.

Accusations de trahison
En 1533, More refuse d’assister au couronnement d’Anne Boleyn, le 1er juin 1533. En pratique, ce n’était pas un acte de trahison : More avait écrit au roi, reconnu la royauté d’Anne et exprimé son désir de voir le roi heureux. Mais son amitié avec l’ancienne reine, Catherine d’Aragon, le retient d’assister au triomphe d’Anne, ce qui est interprété comme une insulte envers elle.

Peu après, More est accusé d’avoir accepté des pots-de-vin, mais en l’absence de toute preuve, ces charges sont rapidement abandonnées. En 1534, il est accusé d’avoir comploté avec Elizabeth Barton, une nonne qui avait émis des prophéties mettant en cause le divorce du roi. More produit alors une lettre dans laquelle il ordonne à Barton de ne pas interférer dans les affaires de l’État.

Jugement

Tombe de la famille de Thomas More en l’église St Dunstan.
Le 13 avril de la même année, More est convoqué devant une commission afin de jurer allégeance à l’Acte de succession du Parlement. More reconnaît le droit du Parlement de déclarer Anne légitime reine d’Angleterre, mais refuse de prêter serment à cause d’une préface qui affirme l’autorité du Parlement en matière religieuse, déniant cette compétence au pape :

« […] l’évêque de Rome et du Saint-Siège, allant à l’encontre du grand et inviolable droit donné par Dieu aux empereurs, roi et princes concernant la succession de leurs héritiers, a jugé bon, dans les temps passés, de choisir qui lui plairait, pour hériter des royaumes et des domaines d’autres hommes, ce que vos plus humbles sujets, spirituels et temporels, abhorrent et détestent au plus haut point. »

Quatre jours après, il est emprisonné à la tour de Londres, où il écrit son Dialogue du réconfort dans les tribulations.

Le 1er juillet 1535, More, présenté à des juges, parmi lesquels se trouve le nouveau lord chancelier, Sir Thomas Audley, ainsi que les père, frère et oncle d’Anne Boleyn, est accusé de haute trahison pour avoir nié la validité de l’Acte de succession. More pense qu’il ne peut être reconnu coupable s’il ne nie pas explicitement que le roi est à la tête de l’Église. Aussi refuse-t-il de répondre à toute question demandant son opinion sur le sujet. Thomas Cromwell, alors le plus puissant des conseillers du roi, demande au Solicitor General, Richard Rich, de témoigner que More a, en sa présence, nié que le roi était le légitime dirigeant de l’Église. Bien que ce témoignage soit manifestement un parjure (Richard Southwell et Mr Palmer, témoins de l’entretien, ont nié avoir entendu les détails de cette conversation), le jury déclare More « coupable de trahison » (Treason Act, 1535).

Avant l’énoncé de sa sentence, More parle librement de sa croyance qu’« aucun homme temporel ne peut être à la tête de la spiritualité ». Il est condamné à être pendu, éviscéré et écartelé (hanged, drawn and quartered), mais le roi commue cette sentence en décapitation, par « faveur », ce qui aurait, dit-on, inspiré à More ce mot fameux :

« Dieu préserve mes amis de la même faveur. »

Exécution
L’exécution a lieu le 6 juillet. Quand il arrive au pied de l’échafaud, il dit à l’officier présent :

« Je vous en prie, je vous en prie, Monsieur le lieutenant, aidez-moi à monter ; pour la descente, je me débrouillerai… »

Il déclare sur l’échafaud qu’il meurt en « bon serviteur du Roi, et de Dieu en premier ». Il déclare également à l’exécuteur que sa « barbe est innocente de tout crime, et ne mérite pas la hache » ; il la positionne ensuite de telle manière qu’elle ne soit pas touchée.

Le corps de More est enterré à la tour de Londres, dans une tombe anonyme de la chapelle St Peter ad vincula. Sa tête est exhibée sur le pont de Londres. Sa fille Margaret Roper la récupère, en soudoyant sans doute quelque soldat, évitant qu’elle ne soit jetée dans la Tamise. Il est probable que la tête de More repose dans le caveau familial de sa fille et des Roper, dans l’église St Dunstan de Canterbury, quoique des chercheurs pensent qu’elle pourrait se trouver dans la tombe qu’il avait fait ériger de son vivant, à la vieille église de Chelsey.

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